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Les surfeuses : un argument de vente, et puis quoi?

Les surfeuses sont partout : dans les blogs, les films, les magazines. Superbes, sportives, naturelles, elles vendent du rêve et on reconnaît presque leur capacité à surfer “pour de vrai”. Mais ces belles paroles sont-elles le reflet de la réalité?

Le surf féminin a fait un sacré boom ces dernières années : épreuves du Tour Pro sur des spots plus consistants et en même temps que ces messieurs, mise en avant des filles dans diverses revues et vidéos, développement de matériel adapté, on ne peut que saluer les efforts faits en la matière.

Et pourtant, il y a comme un goût amer dans toute cette promotion du surf féminin. Que ce soit les pros ou les amatrices, toutes se pavanent en mini bikini, font la promotion de telle ou telle marque à coup de hastags bien pensés : sur Instagram, les photos à la Alana affluent. Des corps en veux tu en voilà, des marques à tout va, du maquillage, des paillettes, et puis quoi d’autre?

Les médias “surf” jouent le jeu du sexy

Les marques, les magazines, la presse, même les bloggeuses, tous font de la surfeuse un objet de désir ultra “marketté”. Le  magazine STAB (qui fait par ailleurs de bonnes choses), est le premier exemple qui me vient en tête, avec ses vidéos mi-sulfureuses mi-innoncentes des surfeuses en petite culotte. Réducteur? Si peu…

En 2013 encore, la revue Transworld surfing posait des questions toutes plus misogynes les unes que les autres aux surfeuses pro, comme entre autres : “Est-il difficile de surfer avec des seins?”. Vraiment?! On peut également souligner le faible nombre de surfeuses à avoir fait la couverture de magazines de surf : Lisa Andersen fut la première femme à faire la couverture du magazine Surfer en 1995, Keala Kennely fit quant à elle la couv’ de Surfing Life après sa vautre monstrueuse à Teahupoo, Carissa Moore celle de Surfer en 2009 et Justine Dupont apparaissait en une de Surf Session en 2013. C’est déjà ça me direz-vous, mais le surf féminin, auquel est pourtant associé un chiffre d’affaire conséquent pour les marques de surfwear, a toujours un train de retard sur la vague de la parité.

carissa couv surfer
Carissa Moore surfs better than you

La surfeuse, un panneau publicitaire de rêve

Nous en avions déjà parlé ici, mais les marques sont sans doute les premières fautives de cette construction de l’image des surfeuses. Loin de moi l’idée de critiquer sans fondement le travail des équipes derrière les marques que nous connaissons, qui font certainement un travail admirable et essaient de faire du mieux qu’elles peuvent. Mais peut-être que les objectifs de vente et de rentabilité ont trop pris le pas sur les valeurs fondamentales du surf. Une petite surfeuse mignonne est plus vendeuse qu’une surfeuse avec des épaules musclées ? Oui mais si cette dernière surfe mieux, ne devrait-elle pas être celle qu’on met en avant? On parle de surf, de sport, de style, pas de mannequins.

Par ailleurs les co-branding comme Roxy x Courèges (collection été 2016) n’ont pour moi aucun sens : sans parler du côté non technique des produits et du blanc immaculé absolument importable pour surfer (crème solaire + wax + sable fin = maillot dégueu en trois sessions), quel est le sens d’une telle collaboration? Qui cela est-il sensé toucher? La quarantenaire un peu chic et citadine qui veut un truc un chouia moins BCBG que d’habitude ?  Dans ce cas où est le sens d’assimiler cela au surf? On est plus dans le surf mais dans la mode, et donc plus dans le sport ou l’art de vivre lié au surf. Imaginons alors des collaborations chez les mecs Volcom x Ralph Lauren, moitié crado moitié chic, avec un polo lycra pour aller surfer ou une cravate waterproof. Le surf est avant tout une contre-culture, et pourtant il devient aseptisé, un produit de supermarché, où la masse copie-colle tout ce qu’elle voit parce que c’est “trendy”. Les surfeuses en sont les panneaux publicitaires, des “icônes”, ou plutôt des objets pour vendre encore et encore.

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So magic…

Les blogs, entre deux eaux

Et les blogs dans tout ça? Difficile de trancher sur leur rôle dans toute cette médiatisation. La démocratisation du surf et des blogs a permis à bon nombre de surfeuses anonymes de s’exprimer (moi la première), et donc d’apporter une autre vision du surf, moins étriquée dans un plan marketing bien ficelé. Alors pourquoi tant de mise en scène, de pub à tout va et de Me, Myself and I? Laissons cela aux starlettes écervelées et occupons-nous plutôt de surfer et de partager des choses sympas plutôt que du “moi moi moi” et des photos pour faire son autopromotion et montrer son ventre plat ou son super bikini.

Evidemment les surfeuses constituent un bel argument de vente, pourtant elles ne devraient pas être réduite à cela. Surfeuses professionnelles ou amatrices, débutantes ou chargeuses de gros, toutes ont un rôle à jouer pour faire avancer les choses dans le bon sens, et montrer ses fesses ou son corps ne fait pas forcement partie de cette évolution ! Il semble encore long le chemin à parcourir avant que les surfeuses professionnelles (et les femmes en général) ne soient plus considérées comme des objets. Il en est également, à mon sens, de la responsabilité de toutes les surfeuses de ne pas tomber dans le piège du paraître, entre compte Instagram bien garni de selfies et blablas insipides. Alors à l’eau – en combi, en maillot, en short – comme vous le voulez, mais surtout pour s’amuser, sans se conformer aux clichés erronés qu’on essaie de nous vendre!

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